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Against method

 Anarchie : le terme nous vient du grec Arkhé qui, comme le rappelle Jacques Derrida, signifie à la fois « commandement » et « commencement ». Il est donc logique que l’a-n-archie, avec son a privatif, suppose tout autant une opposition à la commande, au pouvoir – entendons ici à toutes les formes d’autorité – qu’à l’écriture de son histoire, à l’étude de ses origines comme à celle, obscure, de ses ramifications politiques et culturelles. Car les points d’origine de la pensée libertaire ne se situent pas uniquement au 19ème siècle, dans les écrits de Proudhon, Blanqui ou Bakounine, ni dans les soulèvements espagnols des années 1930. On les trouve en de nombreux autres points du temps et de l’espace, dessinant une cartographie complexe, apparaissant ici dans le mode d’organisation d’une société indienne, là dans une pensée scientifique du chaos, ou encore dans une expérimentation artistique radicale.

 

Il n’est peut-être donc pas étonnant, dès lors que le nom d’anarchie entre en résistance, qu’il tente d’échapper aux médiations, aux définitions et que peu d’histoires aient été écrites, que peu de théories aient été échafaudées, que peu d’expositions aient été organisées à son sujet. A partir d’expériences venues parfois d’ailleurs (musique, mathématiques, ou architecture), il nous semble possible d’ébaucher une étude à nos yeux nécessaire, afin de dire à quel point la pensée libertaire est essentielle à la compréhension de l’art d’aujourd’hui et à ses généalogies, à notre rapport à la connaissance en général et à ses manières de mise en partage.

 

Un projet peut-être impossible, auquel ce séminaire tente de se consacrer, en se fondant sur des questions. L’art est-il une enclave utopique ? Une œuvre existe-t-elle sans auteur ? Qu’est-ce qu’une œuvre qui n’est pas d’art ? Comment partager un non-savoir ? Peut-on écrire une histoire de ce qui se refuse à l’histoire ? Peut-on parler de l’anarchie de manière anarchiste, ou anarchique ? Les réponses vous sont confiées, au travers d’autant de contre-méthodes, in(ter)disciplinaires et collectives, qui seront élaborées au travers de manières de penser que nous tenterons d’inventer en chemin.

 

Hypothèse de programme :

 

1. « L'histoire des peuples sans histoire, c'est l'histoire de leur lutte contre l'État ». 

Pierre Clastres, la Société contre l’Etat. Constant : une nomadologie. Louis Malle et L’inde Fantôme. Freaks et « Economie Eskimo ». Fredric Jameson, la Science-fiction et la fin de l’argent. Time Bank. Michael Taussig : Etat, violence, système nerveux. Jimmie Durham. Dada, Punk et anthropologie. Oscar Tuazon & VONU.

 

2. Pas de maître.  

John Cage versus Pierre Boulez, non agir. Fluxus et « Eternal Network ». Carl Andre, Allan Kaprow, Yvonne Rainer. Free Jazz, politique et impovisation. Harmolodie (Ornette Coleman) versus « xénochronies » Frank Zappa. Anarchisme, Atlantique noire et futurisme. AMM, Cornelius Cardew et Luke Fowler. Chris Marker, Groupe Medvedkine, anarchives. Noise music, poésie sonore, imprévisibilité : Tris Vonna Michell.

 

3. Comment disparaître.

Guy Debord et le Jeu de la Guerre. Tiqqun, Le Comité invisible, Tarnac : « la plus grande opacité possible ». Théorie de l’obscurité : les Residents, Pop et contre-monde. Une musique sans visage : Detroit, Berlin. The KLF. Thomas Pynchon, réseaux invisibles et conspiration contre l’Etat. Art & Language & Red Crayola. Christopher D’Arcangelo : « Anarchisme sans adjectif ». Astérisque, constellation, coopération : Dexter Sinister.

 

4. Lumières de l’occulte.

Antonin Artaud et « l’Anarchiste couronné ». Anarchie, utopie, mysticisme : John Murray Spear, Jim Shaw. Sade, hier : Barthes, Bataille. Sade, aujourd’hui : Klossowski, Ed Atkins. Joachim Koester : hérésies. Roberto Bolano, le mal, le rêve, le chaos. Politique de l’obscurité (Marco Pasi).

 

5. Dispars Versus Compars.

Gilles Deleuze et Felix Guattari : mouvements, réseaux, cristaux. Donald Judd, anarchisme et mathématiques. Robert Smithson : non-vision. Gordon Matta-Clark, anarchitecture et cosmos. Non-philosophie, Réalisme spéculatif et théories du chaos. Michael Stevenson : Mandelbrot, spéculation et capitalisme.

 

6. « Contre la méthode ».

 Les maîtres ignorants : Ivan Illic, Noam Chomsky, Jacques Rancière. Carlo Ginzburg : recherche vraie et non-savoir. Désordonner : Bruno Latour et la vie de laboratoire. Marcel Duchamp, être anartiste. « L’ère du Rat et de l’Ours ». Christoph Keller : Anarchaeology. « Against method » : Paul Feyerabend, pour une « théorie anarchiste de la connaissance ».

 

Suggestions de lecture :

 

Pierre Clastres, Sociétés contre l’Etat (entretien)

http://1libertaire.free.fr/Clastres01.html

 

Anarchists Developments n°2 : Art & Anarchy

http://www.anarchist-developments.org/index.php/adcs_journal/issue/view/4/showToc

 

Christopher D’arcangelo, Anarchisme sans adjectif

http://www.mayrevue.com/christopher-darchangelo-a-lencontre-de-lintuition-commencons-avec-une-image/

 

Anthony Huberman, How to Behave Better http://www.servinglibrary.org/read.html?id=9296

Christopher D'Arcangelo
Donald Judd
Gordon Matta Clark
The Durutti Column
 
 

  

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