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Oops I did it again ! – Charlotte Laubard

Les injonctions à la résistance au sens et à l’interprétation font florès dans le monde de l’art. On s’intéresse aux « choses qu’on ne comprend pas » (Roger Buergel & Ruth Noack), à la fonction disruptive de certaines images « symptômes » (Georges Didi-Huberman), on assigne à l’information le rôle de l’ennemi (Anthony Huberman), on revendique un droit à l’opacité (dans la lignée d’Edouard  Glissant), ou un hermétisme codé qui s’inspire du fonctionnement de sociétés secrètes (Jan Verwoert), ou encore un anachronisme qui qualifierait le véritable « contemporain » (Giorgio Agamben). Derrière de nouveaux termes – l’«avidya » de Sarat Maharaj, l’« inesthétique » d’Alain Badiou – un vieux débat sur les attributs de l’art reprend de la vigueur, celui des spécificités de son langage, et de notre capacité à le décrypter. Car si l’art, et plus largement le régime des images auquel il appartient, produisent du discours qui est constitutif à leur entendement, ils ont aussi l’habilité de résister à l’interprétation. Entre dicibilité et indicibilité (Jacques Rancière), l’art tirerait de cette double ontologie, sa puissance et son aura.

 

On pourrait interpréter ces nouveaux mottos comme des réactions aux promesses de totalisation cognitive qu’offre notre ère d’hyper-accessibilité digitale. On peut aussi les resituer dans une tradition de pensée antirationnelle portée par certains courants artistiques depuis la modernité (Dada, etc.). Ce séminaire ambitionne de passer en revue quelques procédés mis en place par les artistes contemporains et certains curateurs pour déjouer (consciemment et/ou intuitivement) les tentatives à expliciter et à démystifier: l’idiotie ; l’aphasie et/ou l’hyper-volubilité ; le non-savoir ; le désapprentissage ; la délégation des intentions à la chance, au hasard, aux erreurs, aux machines ; l’improvisation ; l’intuition ; la répétition; la non intentionnalité ; la construction du savoir par analogies, appropriations, et montage ; l’œuvre comme vortex de communication avec une autre dimension ; le mysticisme ; la mystification narrative et la suspension du jugement ; l’activation des sens non visuels… à partir des propositions artistiques étudiées (Animism, Ed Atkins, Jay Chung & Q Takeki Maeda, Lygia Clark, A Constructed World, Roberto Cuoghi, Trisha Donnelly, David Douard, Robert Filliou, For the Blind Man in the Dark Room…, Ghosts in the machine, Isa Genzken, Takeshi Kitano, Michael Krebber, Paul Laffoley, Mark Leckey, Matt Mullican, Diego Perrone, Screamscape, Sociétés Secrètes, Harald Thys & Jos de Gruyter, Ryan Trecartin, Suzanne Treister, Lars van Trier, Georges Widener…).


Chaque cours sera structuré autour de l’étude d’une œuvre ou d’un projet curatorial spécifique qui nous permettra d’éclairer différents procédés d’échappement à la compréhension. En contre-point, nous aborderons très succinctement les différentes méthodologies « scientifiques » qu’on a mis au point durant tout le 20e siècle pour tenter de déchiffrer malgré tout le « langage » de l’art (iconologie, psychologie, théorie gestalt, phénoménologie, sémiologie, sociologie, historicisme marxiste, philosophie analytique, anthropologie culturelle, gender studies, sciences cognitives…).

 
 

  

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