work.master  
 

 

 

 

 

 


 

PIERRE LEGUILLON – Cartes de visites d’artistes

Ce Labzone, initié par le « Musée des Erreurs » (cf. par exemple le site web du Wiels à Bruxelles) pour la Head–Genève, propose à une petit groupe d’étudiant(e)s (7 ou 8) de réfléchir à la conception, et d’être associé à la production, d’une édition consacrée aux cartes de visite d’artistes. En 2016, le projet pourrait aussi déboucher sur la mise en place d’une exposition.

Peuvent participer des étudiant(e)s ayant déjà réalisé des éditions, ayant une bonne maîtrise d’In-Design et ayant de préférence déjà fréquenté l’Atelier Micro-Edition. Le projet est en effet mené en étroite collaboration avec Barbara Fédier et Clovis Duran.

https://www.editionpatrickfrey.com/en/books/oracles-artists-calling-cards

Merci d’apporter lors de la première séance les livres d’artistes ou petites éditions que vous avez réalisées par le passé.

Pour commencer, le calendrier :

Attention, certaines séances ont lieu à BH, d’autres à l’Encyclopédie, avec Barbara Fédier et Clovis Duran, en Micro-édition.

La présence à toutes les séances est indispensable pour participer au Lab.Zone.

Jeudi 8 oct. 10 h – 16 h BH salle R09

Mardi 27 oct. 10 h – 12 h Encyclopédie, 4e

Mercredi 28 oct. 9 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Jeudi 12 nov. 9 h – 12 h BH salle 11B

14 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Mercredi 18 nov. 14 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Jeudi 3 déc. 14 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Mercredi 16 déc. 9 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Mercredi 13 janv. 9 h – 18 h Encyclopédie, 4e

Jeudi 14 janv. 9 h – 12 h BH salle 11B

Jeudi 21 janv. 9 h – 12 h BH salle 11B

Présentation

L’idée principale qui sous-tend ce projet est de raconter la notion de réseau à partir de cartes de visite d’artistes, connus et moins connus, à l’heure de l’avènement de Facebook, et de relier à travers la publication des « profils » qui ne se sont pas forcément croisés dans l’histoire, même si ils étaient contemporains.

Cette idée de « réseau » que constituent les cartes, est aussi incarnée par la mise en réseau des étudiants de la HEAD du WM (pour la réalisation et la conception formelle de l’édition), avec des étudiants en histoire de l’art à l’Ecole du Louvre à Paris dans le cadre d’un séminaire mené à la Bibliothèque Kandinsky au Centre Pompidou, qui est associée au projet. Mais il s’agit aussi de mettre en relation différentes archives dans le monde, qu’elles soient privées ou publiques : Bibliothèque Kandinsky (Paris), Bibliothèque Jacques Doucet (Paris), Getty Research Institute (L.A.), Bauhaus Archiv (Berlin), Stadbibliothek Berlin, Kunstbibliothek Berlin, Fondation Bodmer (Genève), Bibliothèque de Genève… L’ambition est que l’Ecole d’art participe à part entière à la recherche en art, et que le projet que nous portons puisse résonner au-delà d’un cadre scolaire. La sortie de l’édition, qui regroupera plus d’une centaine de fac-similés de cartes de visite et un livret, est prévue pour le salon « I never read », à Art Basel, en juin 2016.

La carte de visite est le plus petit document que l’on puisse faire parler dans les archives, dans l'esprit du « Bracelet de parchemin » qui donne son titre au livre d’Arlette Farge. C’est pour cela que les cartes sont souvent négligées, pas toujours inventoriées. Elles n’auraient presque rien à dire.

Ce qui est si compliqué, c’est d’aborder l’histoire à partir d’objets minuscules, peu bavards, parfois très singuliers, parfois complètement dans la « norme », qui ne colle pas toujours à l’image que l’on se fait de l’artiste. L’enjeu est de replacer l’histoire de l’art dans l’histoire des mœurs et l’histoire sociale, et de porter sur ces documents un regard anthropologique.

Stéphanie Rivoire, conservateur à la Bibliothèque Kandinsky, m’a fait remarqué que très peu de projets de recherche embrassaient l’ensemble de l’archive, dans sa totalité, en opérant une coupe transversale dans la matière archivistique au-delà des questions d’auteur, de mouvement artistique, de période historique, etc. Les cartes de visites identifiées sont un prétexte à croiser des correspondances, des catalogues d’exposition, des écrits d’artistes…

La carte de visite fut d’abord le privilège des nobles, des diplomates, des militaires et des ecclésiastiques. Après la Révolution française, n’importe quel petit bourgeois peut avoir sa carte de visite, si bien qu’on « existe », ou que l’on est que ce que l’on représente sur sa carte de visite. L’objet en devient presque vulgaire et prend des formes très variées, avant de se standardiser au XIXe siècle. La carte de visite accompagne les règles de l’Etiquette.

Comme n’importe qui, l’artiste, même si il est marginalisé, doit se positionner sur l’échiquier social. Un artiste se définit tantôt comme étudiant (Christian Marclay, Ed Ruscha, Daniel Eatock…) ou professeur (Gottfried Schadow, Paul Klee…). Au XVIIIe comme au XXe siècle, la carte de visite est aussi un espace de création ou d’invention, voire une œuvre à part entière – parfois réalisée par un autre artiste (ce qui permet encore une fois d’établir un réseau).

La conception de l’édition et la recherche partiront des documents eux-mêmes. Il est par exemple surprenant que la carte de visite de Walter Gropius à Weimar soit composée en caractères gothiques, ce qui rompt avec l’idée que l’on se fait de l’esthétique du Bauhaus. Mais Erik Satie compose aussi ses multiples cartes de visite en gothique, pour d’autres raisons. Il y a comme cela des centaines de pistes à explorer, non pas en partant des récits déjà établis, mais en interrogeant ces objets et en les croisant avec les correspondances et textes d’époque.

Nous travaillerons à partir du concept de « micro-histoire » dans l’Italie des années 1980, et entre autres, des écrits de Carlo Ginsburg. Contre une certaine « narrativité » historique, le « roman vrai de l’histoire » (Edmond de Goncourt cité par Roland Barthes), on ne s’attachera qu’à ces petits objets, et aux acteurs du milieu de l’art qu’ils représentent, qu’ils soient connus ou non, pour redéfinir chaque fois le contexte historique dans lequel ces « personnages » historiques déclinent – a minima sur leur carte de visite – leurs identités. Nous pourrons aussi convoquer Michel Foucault (« L’ordre du discours »), ou Jacques Derrida (« Mal d’Archive »), ou encore les approches méthodologiques d’Arlette Farge.

C’est toute une histoire politique et sociale qui peut s’écrire ensuite à partir de cette base. Encore un exemple. Au début du XXe siècle, les femmes n’ont pas le droit d’avoir de cartes de visite (carte de « Madame Robert Delaunay » conservée au Centre Pompidou), mais Gertrude Stein et Alice Toklas ont une carte commune, que Picasso intègre dans l’un de ces tableaux cubistes. Il faut aussi ajouter que la plupart des artistes ayant des noms qui ne sont pas faciles à intégrer pour devenir « moderne » entre Paris et New York disons, modifient l’orthographe de leurs noms. On touche alors aux racines profondes de l’identité, mais aussi de la constitution de l’histoire. En effet, mu par un désir d’intégrer l’histoire, l’artiste va sacrifier son nom et sa langue.

La forme de l’édition elle-même va s’inventer et se transformer au fur et à mesure de ce que révèle les archives. Dans un premier temps, il s’agit d’en produire des fac-similés aussi fidèles que possibles (taille, papier, mode d’impression) ; nous travaillerons donc aussi à une forme d’archéologie des modes d’impression. Puis nous allons essayer de regrouper ces cartes, en vue de leur place dans l’édition, selon des critères historiques, formels, d’usage, etc.

Nous souhaitons, avec Barbara Fédier et Clovis Duran, associer les étudiant(e)s à toutes les étapes du processus éditorial. Au delà de son contenu, qu’est-ce que la forme d’un document raconte ou peut nous livrer comme information ? 

Je dis souvent que la manipulation est une connaissance. Mais cette connaissance ne peut pas s’écrire noir sur blanc. Elle participe d’une lente transformation qui permet de changer le regard qu’on porte sur les objets historiques. Il va donc s’agir d’inventer des formes et des moyens de communiquer l’archive pour faire «  parler » ces cartes, puisque la plupart du temps, leurs propriétaires répondent aux abonnés absents.

 
 

  

->Imprimer

 

AltModele2