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DAVID ZERBIB – Répétition (après la fin du monde)

Prolongeant le travail engagé l’an passé nous réfléchirons cette année, encore, au problème de la « répétition ». Retour du fait, reprise du discours ou réitération de l’action, la répétition renvoie, en un sens très large, à la préparation de la représentation théâtrale classique autant qu’à un mode anti-théâtral de performance ; elle est le rythme de la tradition rituelle ou de l’habitude sédimentée, mais aussi la condition d’une transformation ; elle structure le mythe de l’éternel retour autant que la reconstitution d’une scène de crime ; elle fait revenir les images comme des fantômes et scande le rappel des modes anciennes ; elle est le symptôme d’une compulsion névrotique pour la psychanalyse, autant que la conscience heureuse d’une existence libre selon certaines philosophies... Examinant quelques unes de ces occurrences le principe de la répétition devait nous aider à comprendre une certaine temporalité de la pensée et des pratiques artistiques contemporaines, tout comme le format nous avait permis (lors d’une série de séminaires antérieurs) de nous situer par rapport à la question moderne de la forme. C’est par contraste avec l’idée de progrès que s’était engagée la réflexion sur la répétition. Non pour relancer le thème de la « postmodernité » mais pour continuer de donner un peu de contenu à notre « contemporanéité ». « Seule la nouveauté est lassante », écrit Kirkegaard. C’était une première piste : quel rapport réactif au « nouveau » la répétition met-elle en jeu, quel signe d’une autre modernité inscrit-elle, en rupture avec une certaine conception linéaire du temps ?

En chemin, à travers notamment Gabriel Tarde et Lucinda Childs, nous nous sommes confrontés à la question corrélative de « la fin du monde ». Dans une certaine mesure la répétition nous est apparue comme son antidote autant que son double ; car la répétition constitue une stratégie de relance qui produit la variation et la transformation, en même temps qu’elle nomme le constat d’une finitude qui se rejoue constamment, derrière l’apparence d’un monde qui n’en finit pas de finir. Partant de ce constat, nous approfondirons cette année l’analyse des tensions entre les figures de la répétition et les figures de la fin, chez Gilles Deleuze en particulier ainsi que chez les représentants d’une métaphysique contemporaine qui résolvent le problème en renonçant à toute connexion entre nous et le monde. Dans cette perspective l’étude de textes philosophiques sera combinée à l’analyse d’un champ culturel très large, constitué d’objets et motifs venus de l’art, de la littérature ou de la culture populaire.

 
 

  

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