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David Zerbib – Images théoriques

A l’époque contemporaine l’art paraît souvent devoir renoncer à qualifier le sens de son histoire, à identifier le lieu de ses formes, à désigner la portée critique de ses opérations. Parfois, la pensée e l’art doit se satisfaire d’un accompagnement théorique local fluant avec plus ou moins de bonheur dans la dynamique de processus culturels à brèves échéances, ou se figeant dans l’écho d’anciennes polémiques souvent peu situées artistiquement. Cette situation est dû au fait qu’il n’est pas aisé de déterminer les articulations formelles et conceptuelles autour desquelles se décideraient le sort de la création et de l’expérience des œuvres, ou encore les questions pivots qui répartiraient la pluralité des options plastiques dans certains types de réponses, tout en respectant la singularité de chacune. 

S’il n’existe plus un système des arts au sens de l’académisme ou du modernisme, il est possible néanmoins d’identifier certains enjeux clés des pratiques, autour desquels pourraient peut-être se distribuer les positions et le sens. Lors des séminaires des années passées, nous avons tenté d’en définir deux. Le premier concernait les formats, envisagés dans la perspective des mutations de la problématique de la forme. Le second portait sur le problème de la temporalité et du rapport à l’histoire à travers la question de la répétition

Nous voudrions cette année nous pencher sur l’enjeu du rapport des pratiques contemporaines à la connaissance, à travers en particulier la relation entre les arts et les sciences. Cette question plus épistémologique sera abordée sous l’angle de l’expressivité. Notre intention est en effet de nous demander comment les pratiques artistiques réfléchissent les conditions contemporaines de pensée et de vie en conjuguant les données des sciences à une dynamique de l’expression et du sens. Cette dynamique ne concerne pas nécessairement un contenu subjectif, comme lorsqu’on dit qu’un artiste s’exprime. Elle concernerait plutôt un contenu objectif se rapportant à ce que peut bien signifier la possibilité même de la subjectivité. Autrement dit, comment l’art nous enseigne-t-il de nouveaux modes de subjectivation, informés par les sciences et les points limites qu’elles situent dans notre rapport au monde ?

Un tel questionnement implique d’aborder l’art comme pratique théorique, au sens où il concourt comme la science, mais aussi comme la religion ou le mythe, à « la construction et l’organisation de l’image théorique du monde », comme l’écrivait le philosophe Ernst Cassirer. L’art fabrique des images théoriques, autrement dit des constructions, des compositions et des situations réflexives où se pensent les conditions de notre rapport au monde. Nous nous intéresserons en outre à Cassirer pour son concept de « forme symbolique », en nous demandant dans quelle mesure ce moyen qui, chez lui, permet de mettre en relation tous les pans d’une culture à un moment donné, présente une pertinence pour la question contemporaine qui est la nôtre. On se demandera notamment ce qu’est devenue la fonction de « représentation » qui caractérisait la forme symbolique dans l’art selon Cassirer. Celle-ci n’a-t-elle pas été bouleversée à la mesure des transformations subies par les modes de significations propres aux sciences ? Bien d’autres auteurs nous accompagneront dans notre parcours, ainsi que beaucoup d’œuvres, parmi lesquelles les travaux des participant-e-s au séminaire. 

Pierre Huyghe, artist's plan, Skulptur Projekte Münster 2017
Image: © Pierre Huyghe
 
 

  

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