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"OÙ NOUS TROUVONS-NOUS?" SITUATION, RELATIVITÉ, POSITIONNALITÉ

« Where do we find ourselves ? (où nous trouvons-nous ?) », est la question qui ouvre « Experience », l’essai énigmatique du philosophe et écrivain américain Ralph Waldo Emerson en 1844. Cette question posée par le théoricien de la self reliance (la relation à soi-même), laisse entendre un double sens. D’abord un sens topologique concernant le lieu où l’on est situé, engageant un rapport à l’espace, à la géographie ou à l’environnement. Et un sens psychologique ou ontologique où celui qui pose la question « se cherche », comme l’on dit, cette recherche pouvant avoir pour but la quête d’une vérité intime, d’une identité accomplie, d’un sentiment d’exister plus intense, ou de ce qui, sous le plan de l’existence, nous relierait à un être plus fondamental et plus vrai. 
Or, il y a dans ce double sens un rapport problématique qui n’a cessé de se tendre dans l’évolution de l’art, de la science et de la philosophie au XXème siècle, et qui noue des enjeux essentiels de l’art et de la pensée contemporaine. 
Cette tension est liée au fait que dans l’éclatement des structures de la représentation, comme par exemple, pour ne donner que quelques indications, celles du cadre du tableau ou de l’espace et du temps newtonien, qu’il s’agisse d’autre part des catégories transcendantales kantiennes ou des principes esthétiques idéalistes et mimétiques, comme ceux de la perspective optique par exemple, éclatement qui est le fait aussi bien des avant-gardes que de découvertes comme celle de la relativité einsteinienne, dans cet éclatement donc, nous n’avons cessé de chercher à nous recentrer subjectivement, alors même que les coordonnées de notre situation topologique étaient perdues. La crise contemporaine de l’anthropocentrisme peut être analysée comme un ultime signal de cette tension : nous ne nous « trouverons » plus. Ou plutôt : ce que nous trouverons en posant la question de notre situation relèvera d’une autre ontologie subjective, qui implique de jouer autrement sur nos capacités de décentrement. 
Afin d’élaborer cette question, nous prolongerons la réflexion engagée l’an passé dans le séminaire « Images théoriques du monde » où nous avions analysé des cas de tension entre « image scientifique » et « image manifeste » du monde (pour reprendre les catégories de Wilfried Sellars), et des stratégies artistiques mises en œuvre face à ces tensions. Il ne suffit pas d’en appeler à une «présence » véritable, ou à une « pensée située », encore faut-il tenir compte de la difficulté à définir les coordonnées même de la situation. Pour se faire, outre des situations propres aux pratiques artistiques contemporaines (où l’espace est producteur d’une subjectivité polycentrique par exemple), nous examinerons cette année la théorie de la « positionnalité » développée dans l’anthropologie philosophique d’Helmuth Plessner, qui définit précisément l’humain à travers sa nature ex-centrique

 

Séminaire au second semestre. Sept séances à partir du 5 mars

Séance spéciale le lundi 7 janvier de 11h30 à 13h au MAMCO.

 
 

  

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