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L’énigme autodidacte ?

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L’histoire de l’art a souvent représenté l’artiste autodidacte comme une sorte de génie. Un être atypique formé à « l’école de la vie » dont l’œuvre singulière est advenue en dépit d’un apprentissage professionnel qui lui a fait défaut. C’est une énigme pour beaucoup, qui suggérerait que le talent ne s’apprendrait pas et que l’art serait accessible à tous. Sa permanence dans l’histoire des formes – Giorgio Vasari évoquait déjà en 1550 le cas des « artistes sans maître » dans ses Vies – continue de mettre au défi nos conceptions de l’art.

Fascinés par cette dimension presque épiphanique de l’acte créateur, un certain nombre d’acteurs du monde de l’art ont souhaité durant tout le XXe siècle trouver une place spécifique pour les autodidactes, une sorte de niche qui les protégerait des comparaisons avec les autres artistes, ceux qui seraient avantagés par leur formation professionnelle et qui sont rompus aux discours et aux théories de l’art. Ils ont inventé pour qualifier ces parcours en autodidacte des labels – « art populaire », « art brut », « outsider », « self-taught » … – et en soulignant leur différence par des oppositions : spontané vs réfléchi, inné vs acquis, inconscient vs intentionnel, naïf vs sophistiqué, primitif vs moderne. 

Mais en fondant des catégories artistiques sur l’absence de formation académique et sur une séparation entre ignorance et savoir, n’a-t-on pas contribué à épaissir et à mythifier l’énigme ? Et que fait-on des autres autodidactes, ceux qui ont joué un rôle de protagoniste dans l’histoire des avant-gardes artistiques ? Ou des artistes qui décident un jour de changer de pratique, quitte à tout recommencer à zéro ? En abordant l’autodidactisme sous un prisme sociologique et sous une forme essentialisée et antagoniste, l’histoire de l’art en a restreint la compréhension et le potentiel d’un point de vue épistémologique.

Une manière de résoudre l’énigme, ou du moins d’y réfléchir autrement, serait de mieux saisir ce qui advient quand on apprend en autodidacte. D’où part-on ? Qu’est-ce qui motive le passage à l’acte ? Que se passe-t-il quand on n’a ni appris à dessiner, ni à peindre, ni à sculpter…? Comment un apprentissage par soi-même se déroule-il concrètement ? De qui, de quoi et comment apprend-on ? Quelles méthodes de travail met-on en place ? Quel est le rôle du contexte de vie, du milieu social, de l’environnement, des actes quotidiens et des expériences ? 

S’appuyant sur un projet d’exposition collective prévu pour être présenté en octobre 2021 au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne, ce séminaire est conçu comme une enquête. Nourri des apports théoriques récents des sciences de l’éducation, il entend déconstruire les représentations usuelles sur l’autodidacte dans l’histoire de l’art pour éclairer d’un jour nouveau le rôle de l’autodidaxie (par étymologie « l’action d’apprendre sans maître ») dans un apprentissage artistique. Les étudiant-e-s seront amené-e-s à co-construire l’enquête en organisant notamment des rencontres avec des artistes, ou en concevant des protocoles d’apprentissages autodidactes qu’ils-elles expérimenteront sur eux-mêmes ou avec d’autres. Un colloque ponctuera le déroulé du séminaire dans le courant mars 2021.

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The self-taught enigma ?

Often, the self-taught artist is represented in art history as a kind of genius: an atypical being taught by “the school of life” whose exceptional work has emerged despite their lack of professional training. This is an enigma for many, suggesting that talent cannot be taught, and that art might be accessible to all. Its’ constant presence within the history of form – Giorgio Vasari had already evoked in 1550 the case of “artists without masters” in his famous writing Lives of the Most Excellent Painters, Sculptors, and Architects – continues to challenge our conceptions of art.

Throughout the twentieth century, fascinated by this almost epiphanic dimension of the creative act, certain figures in the art world wanted to find a specific place for self-taught artists, a kind of niche in which to protect them from direct comparison with other artists; those artists that had a so-called advantage due to their professional training and were therefore accustomed to the discourses and theories of art. They invented labels to describe these self-taught pathways – “folk art”, “art brut”, “outsider art”, “self-taught art”, and so on – while emphasising their difference through oppositions: spontaneous vs. planned, innate vs. acquired, subconscious vs. intentional, naive vs. sophisticated, primitive vs. modern. 

But by basing artistic categories on the absence of academic training and on a separation between having and not having a certain knowledge, are we not contributing to the mythification of the enigma? And what about the other self-taught individuals, those who were able to play a leading role in the history of the artistic avant-garde? Or of those artists who decided one day to change their practice, even if it meant starting from scratch? By approaching “self-teaching” from a predominantly sociological perspective, and in an essentialised and antagonistic form, art history has restricted its understanding and potential from an epistemological perspective.

One way of resolving the enigma or at least of thinking about it differently, would be to better identify what happens when we learn by ourselves. Where do we start? What is the motivation for taking action? What happens when an individual has not learned to draw, paint, or sculpt? How does self-instruction take place in practical terms? With who, what and how do we learn? What working methods are put in place? What role does the context of the artist’s life, social milieu, environment, everyday routine, and experiences play?

Based on a large group exhibition project scheduled to be presented in October 2021 at the Museum of Modern and Contemporary Art in Saint-Etienne, this seminar is conceived as an inquiry. Drawing on recent theoretical contributions from the educational sciences, it intends to deconstruct the usual representations of the self-taught individuals in art history in order to shed new light on the role of autodidactism (« autodidaxie »  in French, etymologically "the action of learning without a master") in artistic development. Students will be invited to co-construct the investigation by organizing meetings with artists, or by designing self-taught learning protocols that they will experiment on themselves or with others. In March 2021 a small symposium will be held to conclude this seminar.

 
 

  

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