work.master  
 

 

 

 

 

 


 

UNDERGROUNDS 2 (2014/15)

. Voici le schéma à partir duquel le séminaire « Undergrounds » poursuivra son cheminement :

Il implique, pour l’underground, que les formes se déduisent des comportements et que c’est depuis la question éthique que peut se concevoir la question esthétique. Il souligne trois points importants. Outre la primauté de l’éthique, l’intervention d’un procédé général appelé « renversement des valeurs », qui souligne que l’underground est un monde renversé et que  de multiples inversions y affectent les manières d’être et les pratiques culturelles. Ce renversement fait apparaître l’immaturité comme éthos. L’enjeu, pour le sujet, est donc de se maintenir dans un état qui serait celui d’un inaccomplissement. Mais, si l’immaturité peut être entendue comme projet existentiel, il faut immédiatement ajouter qu’elle est associée dans ce contexte à un projet culturel. Or, l’immature, en tant qu’inachèvement, est précisément ce qui résiste à se fixer dans des formes. Lors de la première année de ce séminaire, à travers des études de cas majoritairement issus de la littérature et de la musique (Mark Twain, J.D. Salinger, Silvia Plath, les Sex Pistols, les Dead Kennedys ou les Residents…), nous avons insisté sur les questions éthiques, mais aussi sur le mode (carnavalesque) propre au renversement des valeurs, sur les cadres de jeux (parfois tragiques) auxquels ils donnent accès. Nous avons aussi approfondi ces questions à la lumière de quelques lectures et concepts philosophiques (Spinoza, en premier lieu, et la « puissance d’agir », Bakhtine et Huizinga…). Nous poursuivrons ce séminaire en nous intéressant désormais plus précisément aux rapports qu’entretiennent l’éthique à l’esthétique, en essayant de mettre à jour ce que les manières d’être « renversées » produisent sur ce plan, majoritairement à travers deux points.  Celui d’un projet culturel où la force combinée de la puissance d’action (qui se mesure par degrés intensifs) et du renversement des valeurs conduit à la « dégradation » comme mot d’ordre de la pratique. Il faudra analyser ces formes de la dégradation dans leur diversité et apprécier comment elles parviennent à poursuivre la promesse de la vie immature. Puis il faudra encore, au terme de ces recherches, tenter de comprendre comment l’underground se pense comme un monde sensible renversé : autrement dit, quel est le sensorium de l’immaturité ?

UNDERGROUNDS (année 2013/14)

Ce séminaire s’inscrit dans la droite ligne de celui conduit l’année dernière intitulé « Stratégie du collectif / Pensées du commun », qui se donnait pour objectif de distinguer, à partir de l’histoire des arts, mais en s’ouvrant à d’autres domaines culturels et scientifiques, la constitution et le fonctionnement de différents types de collectifs, en portant attention à la séparation et à l’écart que l’on peut marquer entre collectif et communauté, ce afin de comprendre quels types de commun sont construits par des collectifs.

« Undergrounds », au pluriel, portera sur les lieux, les notions, les situations, les histoires de ce qui se nomme underground, en appui sur des productions culturelles diverses, en majorité des musiques, des romans et des films, mais aussi des écrits théoriques ou assimilés comme tels.  L’objectif de ce séminaire est de mener une enquête à nouveaux frais sur l’underground en essayant de mettre à jour ce qui, sous ce nom, se propose à la fois comme formes d’expériences spécifiques et comme objets théoriques où se mêlent, se contredisent mais aussi sur certains plans se confondent, une esthétique et une éthique.   

Nous privilégierons l’étude de trois dimensions de l’underground, à la fois comme configuration singulière du sensible, comme point de vue sur le monde et comme lieu d’expérimentation culturel et social afin de faire apparaître comment s’y s’entremêlent des pratiques esthétiques, des prises de positions idéologiques et des questionnements politiques dans et à travers une construction collective. Ce dernier point est essentiel, car identifier l’underground comme lieu d’une expérience collective, c’est l’inscrire de plein droit au sein d’une réflexion embrassant les stratégies du collectif telles qu’elles ont pu innerver les mouvements artistiques dans l’histoire, depuis le romantisme jusqu’à aujourd’hui. On devra cependant se garder de tout rapprochement hâtif ou d’analogies forcées rapprochant et légitimant l’underground au contact des avant-gardes historiques. Ici comme ailleurs, on jugera sur pièce, en pointant d’abord les conditions au sein desquelles ces constructions deviennent possibles. La nature des expériences collectives regroupées sous le terme d’underground peut donc varier en fonction des objets qui y sont réunis, mais elle bénéficie d’une spécificité, recevable comme une qualité propre : on s’y relie, prioritairement, par la mise en partage d’objets et de pratiques culturels.

En cela, on doit distinguer l’underground des bas-fonds ou des lieux interlopes, quand bien même on le retiendrait comme sous ensemble de ces catégories. Si une archéologie de l’underground mène au milieu du 19e siècle, c’est parce que la naissance de ces lieux est associée à l’essor des villes modernes, aux modes de vie qui s’y déploient, aux marchandises qui y circulent. Il y aurait bien d’autres mondes souterrains, ceux des brigands et des bandits du Moyen-âge, ces des sociétés secrètes et guildes en tout genre… On pourra les retenir comme modèles formels participant de la définition de certains lieux underground, en appréciant cependant comment des qualités urbaines, sociales et culturelles redéfinissent leurs contours. L’argument de cette périodisation est simple : les mondes parallèles se déterminent toujours en raison de structures et de lois vis-à-vis desquelles ils creusent leurs distances et précisent leurs points de vues. L’underground le fait avec des institutions sociales et culturelles, économiques et législatives, qui naissent au 19e siècle en association avec le capitalisme marchand. C’est donc au point de raccord et de mise en partage d’objets culturels et de modes de vies urbains, au regard du capitalisme marchand et de ses institutions que se formulent ces possibilités. À la lumière de ces conditions, on comprend pourquoi ces lieux se sont prioritairement consacrés à l’invention collective de modes de création, de production, de fonctionnement et de circulation d’objets issus des industries culturelles et par conséquent comment la musique pop y acquit un statut privilégié, à partir duquel s’échafaudèrent de nombreuses constructions.

 
 

  

->Imprimer

 

AltModele2